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décembre 11, 2020

Coral Guardian

Adoptez un corail avec Coral Guardian !

Interview d’Audrey Maillard, responsable partenariats & de Coco Tamlyn, responsable communication de Coral Guardian.

Coral-Guardian-Logo

Hello Audrey & Coco, merci d’avoir accepté notre invitation pour ce cinquième Fanatalk, une conversation entre passionnés de la nature.

Nous introduisons avec vous une nouvelle rubrique au sein du blog Fanatura : la présentation d’associations engagées dans la préservation de la biodiversité dont nous apprécions l’action. La vôtre reconstitue et protège les écosystèmes coralliens grâce à l’implication des populations locales et la sensibilisation du grand public. On est ravis de découvrir les coulisses de cette belle initiative baptisée Coral Guardian.

Fan. Tout d’abord, comment est née l’idée ?

A.M. Elle vient de notre fondateur, Martin Colognoli, biologiste marin spécialisé en aquariophilie, qui est parti vivre en Indonésie pour exporter des poissons exotiques vers l’Europe. Il s’est rapidement rendu compte que l’activité était désastreuse pour les espèces puisque rares étaient les spécimens qui arrivaient vivants à destination, en effet près de 8 poissons sur 10 ne survivaient pas à cet exode forcé.

Face à ce constat, il a complètement changé de casquette : en réalisant que les coraux abritaient 25% de la biodiversité marine, il a décidé de co-fonder Coral Guardian en 2012, pour tenter de préserver l’habitat des espèces qu’il exploitait jusqu’alors. Il y a eu plusieurs tentatives infructueuses jusqu’au projet Hatamin (Pulau Hatamin Coral Sanctuary) qui est notre projet pilote depuis 2015. Le site est situé sur une île au nord-ouest de Flores, près du Parc National de Komodo en Indonésie. Grâce à notre action, cette zone a été officiellement déclarée aire marine protégée gouvernementale en 2019.

Fan. Comment s’est mis en place le programme que vous avez développé ?

C.T. Ce sont des actions qui s’inscrivent dans la durée. Il est donc essentiel d’y impliquer les populations locales. Les premiers essais réalisés à Bali ont montré que sans le concours des autochtones, notre action finit toujours par péricliter. Le succès du site d’Hatamin tient en grande partie au fait que 2/3 des personnes qui travaillent sur place sont des anciens pêcheurs du coin.

Pêcheurs Hatamin
Plongeurs Hatamin

Fan. Nous avons lu sur votre site qu’ils avaient l’habitude de pêcher à la dynamite ?

A.M. Ça paraît incroyable pour nous mais, en effet, ils pêchaient à la dynamite et au cyanure ! Ils ont donc très bien pêché mais pas longtemps… De fait ils ont été obligés d’aller de plus en plus loin pour trouver du poisson. S’agissant d’un village de 750 habitants vivant exclusivement de la pêche, il y avait urgence à intervenir. Quand nous avons constaté les dégâts, le corail avait été totalement détruit sur leur récif.

Fan. Comment fait-on pour « réimplanter » du corail ? 

A.M. Le vocabulaire du corail est un peu particulier car même s’il s’agit d’un animal on utilise des expressions plutôt liées à la reproduction des végétaux : on parle d’ensemencement, de plants, de boutures, etc.

C.T. Il y a différentes techniques de restauration qui sont utilisées à travers le monde, après en avoir testé plusieurs (cordes, céramique, béton,…), nous avons finalement opté pour des structures en métal légères qui résistent mieux aux courants assez forts dans cette région. Les premiers coraux que nous y avons cultivés étaient les très rares spécimens survivants du récif originel. Nous nous sommes toujours attachés à réimplanter des espèces endémiques. Avec environ 38 000 coraux transplantés, nous récupérons aujourd’hui les boutures de nos premières structures.

Pose de greffons de corail

Fan. Cinq ans après le démarrage du projet, le récif est-il complètement reconstitué aujourd’hui ?

A.M. En grande partie, oui. Si la bouture arrive à bien se fixer, les coraux tropicaux se développent rapidement, entre un centimètre et un centimètre et demi par mois. Les résultats se voient très vite. Aujourd’hui nous avons une zone corallienne reconstituée qui s’étend sur environ 2 hectares.

Hatamin_Avant_Après_2015_2020

Fan. Les techniques que vous avez développées ont-elles été reproduites ailleurs ? Partagez-vous ce savoir-faire avec d’autres initiatives dans le monde ?

A.M. Oui, absolument. Comme cette expérience est un succès sur le plan scientifique, environnemental et social, nous avons créé un programme baptisé « Blue Center » qui permet à toute entité qui veut développer son propre projet de restauration d’être accompagnée par Coral Guardian. Un appel à projets permanent est consultable sur notre site Internet. Il suffit de se porter candidat en remplissant un dossier en ligne. Selon l’urgence et la faisabilité de l’intervention, nous décidons d’y donner suite ou non. Notre accompagnement s’adapte : du simple conseil via la mise à disposition d’un manuel de formation pour les projets les plus autonomes, à un accompagnement soutenu financièrement et un suivi sur une période minimum de 3 ans pour les “projets cœur”.

Fan. Combien de projets de ce type sont en cours aujourd’hui ?

A.M. Nous avons 3 dossiers solides en cours d’étude. Le plus avancé se situe en Espagne, à Malaga précisément, où nous lançons S.O.S. Corals, le premier projet de conservation marine participative en Méditerranée. Ce projet va permettre de traiter des familles de coraux différentes. Et c’est très enthousiasmant de lancer un programme de restauration plus proche de nous, en Europe.

C.T. Surtout, le sujet à traiter est différent puisque cette fois nous nous battons contre la pollution, le problème n°1 en Méditerranée. Nous avons pour mission de nettoyer les fonds marins, de sensibiliser les locaux et les touristes, et de restaurer ces fonds coralliens qui présentent une biodiversité unique dans cette zone.

Fan. Vous avez une approche très originale de recueillir des dons : vous proposez « d’adopter un corail », c’est-à-dire de financer sa transplantation à hauteur de 30€. Que représente cette somme ?

C.T. C’est précisément le coût lié à la transplantation d’un corail. Ça englobe les coûts d’étude, de mise en œuvre matérielle et humaine ainsi que la part de fonctionnement de l’association. Ce n’est pourtant pas un modèle économique durable car il s’agit d’un don ponctuel. Par définition s’il n’est pas renouvelé ou multiplié, nous ne pourrons assurer l’avenir de l’association à long terme. Nous sommes donc en train d’inciter au don mensuel libre pour créer de la récurrence et compléter la possibilité d’adoption d’un corail par cette option.

Fan. Depuis quand avez-vous mis en place ce don et quelle part de votre financement représente-t-il aujourd’hui ?

C.T. La possibilité d’adopter un corail existe depuis 2013 et il représente aujourd’hui environ 30% de notre financement. Ce don est donc tout à fait essentiel d’un point de vue économique mais également en tant que vecteur d’image. Comme il s’agit très souvent d’un cadeau, la notoriété de Coral Guardian se transmet à la personne qui le reçoit. C’est un super outil de sensibilisation à notre action.

Fan. Comment se matérialise cette action pour le donateur ?

C.T. Chaque donateur peut baptiser le corail qu’il adopte du nom de son choix. Il reçoit un certificat de don avec les coordonnées GPS de la zone sur laquelle il sera transplanté, avec une photo symbolique d’un corail et la photo d’une des personnes qui s’occupera de l’opération. On ne peut malheureusement pas donner de nouvelles de chaque corail transplanté précisément mais nous communiquons régulièrement sur l’évolution de la zone à travers nos réseaux sociaux et notre newsletter mensuelle.

Fan. Existe-t-il une estimation de l’état de santé mondial des récifs coralliens ?

C.T. Les rapports les plus récents établis par le GIEC ou l’UICN convergent pour constater qu’en quarante ans, environ 40 % des récifs ont déjà disparu. Les scientifiques s’accordent par ailleurs à dire que si rien n’est fait d’ici 2050, la quasi-totalité aura disparu. Le constat est donc inquiétant mais notre action et celle d’autres initiatives dans le monde montrent que cette dégradation n’est pas irréversible. La seule certitude que nous avons est qu’il est grand temps d’agir ensemble. Nous savons aujourd’hui réimplanter du corail et, avec le soutien de tous, nous sommes persuadés que l’humanité peut relever le défi.

Fan. Un peu comme elle l’a fait pour le trou dans la couche d’ozone en limitant l’utilisation des gaz à effet de serre. Selon les scientifiques celui-ci sera définitivement résorbé à horizon 2070 grâce aux accords internationaux conclus dès la fin des années 80. Selon vous, que peut-on faire de plus pour accélérer la prise de conscience et dynamiser les initiatives concernant le corail ?

A.M. Toutes les initiatives individuelles et collectives qui participent à la préservation de la biodiversité sont autant de petites victoires. Avec la diffusion systématique de leurs résultats sur les réseaux sociaux, la prise de conscience ne peut que progresser et les comportements limitant la surconsommation se généraliseront. Encore une fois, la réponse ne peut être que collective et universelle.

Récif corallien reconstitué

Fan. La responsabilité en incombe particulièrement à la jeune génération née avec cet héritage bien malgré elle et qui se sent investie par cette grande mission de soigner la planète…

C.T. Tout à fait. J’ai récemment reçu un mail d’une collégienne lyonnaise de 12 ans qui avait adopté son corail, qui voulait absolument nous soutenir et faire la promotion de nos actions en posant des affiches dans son collège… Et les demandes de ce type sont de plus en plus nombreuses. Pour répondre à ce besoin de collaborer, nous avons créé un kit de sensibilisation composé de différents supports permettant à tous ceux qui le souhaitent d’organiser une mini-conférence sur le sujet auprès de leur entourage. Le kit a déjà été utilisé par des personnes de tous âges dans des collèges/lycées, des centres de plongée, des auberges de jeunesse et des entreprises. Pour en disposer, il suffit de nous contacter.

Fan. Ces initiatives spontanées ont-elles généré des retours tangibles ?

A.M. Oui et parfois de manière spectaculaire ! Nous avons l’exemple d’un lycée qui a l’occasion de son marché de Noël avait organisé un stand relayant notre action. Les dons récoltés ont permis de financer un récif complet (900 €). Le parrainage d’un récif est d’ailleurs une forme de don plutôt prisé par les entreprises. Nous les invitons à nous soutenir via l’un de nos programmes RSE. Pour les particuliers, les noces de corail (11 ans de mariage) sont également une bonne occasion de don via un cadeau original et pertinent.

Fan. Bien vu ! On sent une grande créativité de votre part à tous les niveaux, à l’instar de votre signature mail : « Bien coraillement, » qui prouve que l’on peut traiter d’un sujet grave avec le sourire. Maintenant que le corail est revenu à Hatamin, avez-vous pu vous rendre sur place pour l’admirer ?

C.T. J’ai eu la chance d’y aller l’année dernière et c’était une expérience incroyable ! Ce qui m’a le plus marquée c’est la générosité des pêcheurs du village de Seraya Besar. C’est une population qui vit très simplement, qui se nourrit de sa propre pêche tous les jours et qui vous en offre plus que de raison ! Étant proche du parc national de Komodo, la zone est assez touristique. Au sein de notre équipe, nous avons une professeure qui enseigne l’anglais aux autres membres, ainsi que dans des écoles locales. Cela permet à notre équipe de pouvoir sensibiliser les touristes, et aux enfants (les futures générations) d’apprendre à en faire de même plus tard.

L’un des pêcheurs nous a raconté qu’il y a cinq ans, il ne pouvait plus pêcher autour de la zone et partait très loin. Il y a deux ans il a commencé à se rapprocher de l’île, de part et d’autre de notre aire marine protégée qui, elle, n’est pas exploitable. Désormais il pêche au plus près de la zone de gros mérous qu’il peut revendre. Nous quantifions les populations de poissons en interviewant les pêcheurs chaque semaine sur la nature de leur pêche. En quatre ans, le nombre de poissons sur la zone a été multiplié par 30. C’est une vraie victoire !

Fan. Pour la célébrer, voici une magnifique illustration de mérou jaune réalisée il y a près de 200 ans par le naturaliste japonais Kawahara Keiga. À retrouver peut-être sur un prochain T-Shirt Fanatura…

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Epinephelus awoara (Mérou jaune) – Illustration de Kawahara Keiga – Crayon & aquarelle sur papier – Entre 1823 et 1829

Fan. Un grand merci à toutes les deux pour cet échange, nous continuerons à suivre votre remarquable travail d’ambassadrices de la nature à travers l’évolution des projets de Coral Guardian. À nos lecteurs, n’hésitez pas, c’est le moment d’adopter un corail ou de soutenir le nouveau projet S.O.S. Corals !


Si vous êtes curieux d’apprendre à mieux connaître l’association Coral Guardian et son action, voici les liens qui vous permettront de la suivre et de la soutenir ▾

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